Sélénium

Se

Informations

Le sélénium est l’élément chimique de numéro atomique 34, de symbole Se dans le tableau de classification périodique des éléments chimiques de Mendeleïev.
Le sélénium doit son nom à Séléné, déesse grecque de la lune. Il fut découvert en 1817 par un chimiste suédois le Baron Jöns Jacob Berzelius et a été considéré comme toxique jusqu’en 1950. C’est en 1957 que Schwarz et Foltz établissent le sélénium comme un élément trace essentiel dans la prévention des maladies1,2. D’après les données du CIQUAL*, les aliments les plus riches en sélénium sont les poissons et crustacés, la viande, les oeufs et les oléagineux (noix du Brésil)3.

Le sélénium est présent dans l’organisme humain à l’état de trace. Sa proportion est de 3 à 20 mg selon les individus. Le sélénium est absorbé dans l’intestin grêle par un mécanisme de transport actif. Puis il est transporté dans l’organisme fixé aux globules rouges et aux protéines plasmatiques ; il se distribue dans le foie, les reins et la rate et 40 à 50 % du pool total de l’organisme est stocké dans les muscles squelettiques sous forme de sélénométhionine. La concentration maximale en sélénium est atteint à l'âge adulte et diminue progressivement chez l’adulte après 60 ans1.
 
*La Table de composition nutritionnelle des aliments CIQUAL est un ensemble de données produites par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) de l’alimentation, de l’environnement et du travail sur la composition nutritionnelle des aliments.

Principales indications

Correction de déficit en apport de sélénium :
  • Apport insuffisant de poissons, crustacés, viandes, oeufs et oléagineux
  • Hypothyroïdie en relation avec un déficit en précurseurs et cofacteurs des hormones thyroïdiennes + Iode, Fer, Tyrosine
  • Détoxication insuffisante des xénobiotiques (hormones, métaux lourds…).
  • Stéatose hépatique non alcoolique avec insulinorésistance - Zinc, Chrome, trans-resvératrol
  • Déficits immunitaires (infections à répétition, aide à la vaccination ) - Zinc, Fer, Cuivre
  • Terrain à risque de cancer (Prostate, Poumon, OEsophage, Estomac…) - Zinc
  • Déficit en globules Blancs, en globules rouges ou plaquettes - Fer, Vitamine B9, Vitamine B12
  • Terrain asthmatique - Zinc, Magnésium
  • Terrain inflammatoire - Zinc, Cuivre
  • Inflammation intestinale / hyperperméabilité intestinale - Zinc, Vitamine A, Glutamine, Thé vert
  • Baisse des fonctions cognitives par déficit des cofacteurs - Zinc, Fer, Cuivre, Chrome et vitamines B
  • Prévention du vieillissement (correction des déficits en antioxydants)
  • Infertilité masculine avec oligoasthénospermie - Zinc, Coenzyme Q10, Magnésium et vitamines B
Sélénium

Principales propriétés pharmacologiques

Prévention du cancer
 

Effet préventif contre le cancer de la prostate

Les premières études cliniques réalisées sur des hommes ont permis de montrer qu’une supplémentation quotidienne en sélénium baisse de 63% les cas de cancer de la prostate7.
Une étude de grande envergure de 2003 nommée NPCT (Nutritional Prevention of Cancer Trial), de 13 ans menée sur 927 hommes a également confirmé l'effet protecteur d’une supplémentation en sélénium sur le cancer de la prostate. Cet effet est restreint aux hommes ayant des niveaux bas de PSA (Prostatic Specific Antigen) et de sélénium plasmatique et prenant du sélénium issu de levures 8.
Dans une synthèse réunissant des études observationnelles et cliniques existantes, incluant l’étude NPCT, les chercheurs confirment qu’un apport sous forme de levures enrichies en sélénium réduit significativement le risque de cancer de la prostate, tandis que la sélénométhionine n’a pas de rôle préventif.
 

Effet préventif contre le cancer du poumon, de l’oesophage, de l’estomac

Les études d’observation suggèrent un effet protecteur du sélénium contre les cancers, qui pourrait s’expliquer par ses effets antioxydant et modulateur de la réponse immunitaire. Une méta-analyse de 2016 englobant 69 études cliniques a permis d’évaluer si les résultats obtenus sont valables entre l’association, exposition au sélénium et risque d’avoir un cancer. Ils ont conclu que le sélénium diminue le risque de cancer du poumon, de cancer de l’oesophage, de l’estomac et de la prostate. Cependant aucun effet sur les cancers du côlon, de la vessie et de la peau. Les auteurs concluent qu’une exposition importante au sélénium a un effet protecteur sur certains risques de cancers10.
Les glutathion peroxydases (GPx) sont des protéines qui contribuent à protéger l’ADN contre les dommages oxydatifs, en détoxifiant différents peroxydes. En 2006 il a été montré dans un modèle murin qu’une chute de l’activité des enzymes GPx provoque une augmentation de la réceptivité au cancer du côlon11.
 

Action immunitaire

Améliore la réponse à la vaccination

Au cours d’un essai préliminaire avec placebo mené en 2004, on a administré chaque jour durant 15 semaines, 100 μg de sélénium, ou un placebo à 22 sujets en bonne santé qui présentaient des taux de sélénium relativement bas. Les participants ont ensuite reçu un vaccin oral atténué contre la polio et leur réponse immunitaire a été mesurée. L’apport supplémentaire en sélénium a permis d’augmenter la production d'interféron gamma (IFN-g) et de lymphocytes T. La clairance du poliovirus était également plus rapide chez les sujets avec sélénium12.
 

Action sur le VIH/SIDA

Une étude avec placebo a été menée sur 9 mois auprès de 174 sujets atteints de sida. Chez les sujets ayant pris 200 μg de sélénium sous forme de levure séléniée, la maladie a progressé moins rapidement que chez ceux ayant pris un placebo. En effet, chez les patients infectés ayant pris du sélénium, on observe une augmentation du sélénium sérique corrélée à une suppression de la progression de la charge virale et une amélioration du nombre de CD4,13.
 

Action sur l’asthme

Une carence en sélénium pourraient jouer un rôle dans le développement de l’asthme. Certaines études suggèrent qu’une supplémentation en sélénium pourrait permettre d'améliorer les symptômes des patients atteints d’asthme chronique. Chez l’homme, la supplémentation en sélénium pourrait être utilisée pour renforcer les effets des traitements de référence de l'asthme14.
 

Action hépatique sur la NASH

Des études ont montré des carences/déficits en zinc et sélénium chez les individus ayant une NASH (stéatose hépatique non alcoolique).
 

Action sur l’infertilité masculine

Il est connu qu’un déficit en sélénium conduit à des troubles de la fertilité chez l'homme16,17.
Dans une étude clinique une supplémentation de 3 mois en sélénium a été suivie par des hommes stériles. Après traitement, il y a une augmentation significative du nombre de spermatozoïdes avec morphologie normale, de leur motilité, de leur viabilité et augmentation du volume éjaculé. Les taux sériques de magnésium, de FSH, de LH, de testostérone et de glutathion étaient augmentés de façon significative. La MDA sérique (MalonDiAldéhyde, indicateur de peroxydation) a significativement diminué, reflétant le rôle antioxydant du sélénium18.


Protection contre la toxicité des métaux lourds

Effets secondaires

Aucun connus à ce jour.
L’assimilation du sélénium est réduite par des apports élevé en fibres, en phosphore ou en métaux lourds (plomb, mercure…).

Toxicité

Ingéré en excès, le sélénium peut se révéler toxique. Lorsque la dose quotidienne est supérieure à 1000 μg par jour, les cheveux deviennent cassants, les ongles sont friables et présentent des stries horizontales, la peau s’infecte facilement, l’haleine devient aigre et la fatigue s’installe.

 

Précautions d'emploi

Aucune

Contre-indications

Le sélénium est contre-indiqué chez les personnes allergiques au sélénium (rare).
Les femmes enceintes et allaitantes sont invitées à prendre l’attache d’un professionnel de santé avant toute complémentation.

Interactions médicamenteuses

Les antiacides (type alginate de potassium + bicarbonate de sodium ou carbonate de calcium + hydroxyde de magnésium), les antagonistes des récepteurs à l’histamine de type 2 (anti-H2) et les inhibiteurs de la pompe à protons peuvent réduire l’absorption du sélénium.

Ces données, non exhaustives, sont issues de la littérature scientifiques. Elles peuvent être amenées à évoluer dans le temps en fonction de nouvelles données

Références bibliographiques

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